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Mouche Blanche

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Mouche Blanche : Mieux connaÎtre pour mieux contrôler

Mouche Blanche
Adultes de mouche blanche

La maladie des feuilles jaunes en cuillère (ou TYLCV) continue d’infliger, de temps à autre, des pertes sur tomate dans la plaine du Souss Massa. L’apparition de cette épidémie est attribuée à l’introduction de nouvelles souches du virus et à l’apparition de nouveaux biotypes de son vecteur Bemisia tabaci qualifiés de résistants, à potentiel
reproducteur plus élevé et à capacité de transmission rapide. Pour éviter ce risque, une étude bio-écologique a permis de suivre périodiquement l’évolution des symptômes du virus et les populations de B.tabaci à l’état larvaire et imaginai (adulte) en adaptant des techniques rapides et efficaces de contrôle et de détection. Les résultats d’une pareille étude ne permettent pas à eux seuls de lutter efficacement contre cette maladie et son vecteur si l’on ne tient pas compte d’autres aspects pour mieux maîtriser le système de prévention et de protection intégrée.
Le présent article vise cet objectif et apporte des éléments d’ordre biologique.

des pertes sur tomate par la mouche blanche
des pertes sur tomate

Potentiel biotique de Bemisia tabàci

La durée du développement :

Mouche Blanche
Mouche Blanche

Elle permet de prévoir les dates des premières émergences et d’infections, en vue de prendre à temps les mesures qui s’imposent .comme la surveillance, le choix du fil~t, la préparation des traitements insecticides et biologiques, les lâchers d’ennemis naturels, etc. L’étude révèle que la durée totale du développement de B. tabaci sur tomate à 27°C (température) et 65% (Humidité relative), varie de 21 à 27 jours. Dans la région de Meknès, Bahij (1995) estime que cette durée varie de 19 à 33 jours sur tomate à 26°C.

Le sex- ratio

C’est le rapport du nombre de mâles à celui des femelles. Le dimorphisme sexuel est accusé chez la plupart des Aleurodes par plusieurs critères morphologiques comme la taille, généralement petite chez les mâles, et grande chez les femelles.
L’identification poussée des deux sexes de 8.tabaci peut être plus fiable par une dissection des génitalia.
Mais en pratique, on ne peut avoir recours qu’à la taille qui a permis de distinguer les deux sexes de 1000 adultes en élevage de masse sur des feuilles d’aubergine et de tomate. Toutefois, il était parfois difficile de classer quelques individus de taille intermédiaire. L’étude à montré que les femelles représentent :
– sur tomate 52.6%, avec un minimum de 50% et un maximum de 55%
– sur aubergine 56%, avec un minimum de 52% et un maximum de 61%
Dans le même ordre d’idées plusieurs auteurs notent que l’effectif des femelles est légèrement supérieur à celui des mâles sur tomate.

La fécondité:

Mouches blanches sur la face inférieure d'une feuille
Mouches blanches sur la face inférieure d’une feuille

La fécondité, ou nombre d’œufs pondus par une femelle, est conditionnée chez l’espèce ou même chez les individus de la même espèce, par toute une série de facteurs abiotiques (température, humidité relative…), biotiques (Longévité des femelles, parasites…), trophiques (plante hôte, densité d’attaque…) ou autres. La «fécondité potentielle» n’étant que théorique dans la mesure où les conditions de ponte seraient idéales et non confrontées à aucune contrainte ou à aucun facteur limitant. En raison de la difficulté de reconstitution de ces conditions, il ne serait possible d’évaluer que la fécondité apparente.

Les observations réalisées permettent de constater que le nombre d’œufs pondus par femelle oscille entre 93 et 111, avec une moyenne de 102 œufs. Sur tomate, Salas et Mendoza (1994) mentionnent une fécondité supérieure de 195 œufs par femelle (25°C de température et 65% d’humidité relative), alors que sur poinsettia, Hoddle (1998) n’enregistre que 96 œufs par femelle à 28°C.

La longévité

Elle est définie comme étant la période séparant l’apparition et la mort du premier adulte. La première mortalité est enregistrée dès le deuxième jour, alors que la dernière ne l’est qu’après 12 jours. En moyenne un adulte de B.tabaci ne vit pas au delà de 8 jours dans les conditions de notre élevage (25°C de température et 65% d’humidité relative). A l’opposé, d’autres auteurs considèrent que cette longévité peut atteindre jusqu’à 19 jours sur tomate (Salas et Mendoza 1994) et 16 jours sur Poinsettia à 28°C (Hoddle 1998).

Le taux de multiplication

Il est défini comme étant le rapport du nombre des femelles mères au nombre des adultes descendants parvenus jusqu’au terme de leur développement imaginai. Il est établi généralement après la fin des émergences des adultes pour évaluer le taux de survie de la descendance depuis la ponte jusqu’à la sortie. Dans le cas de B tabaci il est difficile à établir en nature. Toutefois, en élevage il peut atteindre jusqu’à 87 adultes descendants viables ayant échappé aux contraintes naturelles.

Principaux ennemis de Bemisia Tabaci

Les principaux ennemis naturels des Aleurodes comprennent : des prédateurs (Hétéroptères Miridae, Coléoptères Coccinellidae, Névroptères Chrysopidae,),

– des Hyménoptères parasitoïdes Aphelinidae

– des champignons entomophages.

Mouche Blanche
Principaux ennemis naturels de Bemisia tabaci

Lors de nos prospections dans les exploitations de la région du Souss Massa, nous avons essayé de récolter toute l’entomofaune associée aux Aleurodes, aussi bien sur les plantes hôtes (tomate,aubergine, poinsettia, mauvaises herbes…) que sur les pièges jaunes installés dans les serres d’expérimentation. Nous y avons rencontré des auxiliaires autochtones, comme Nesidiocoris tenuis, et Nephaspis oculatus et d’autres introduits dans le cadre d’essais de lutte biologique comme Eretmocerus eremicus.

Nesidiocoris tenuis (Hétéroptère, Miridae)

Elle était la seule espèce autochtone de Miridae, rencontrée dans la région depuis au moins 1995 (Srairi, 1995). Anciennement appelée Cyrtopeltis, cette punaise a un régime mixte à la fois phytophage et prédateur. Outre les aleurodes, elle se nourrit d’acariens Tétranyques, de pucerons, de thrips et des œufs de Lépidoptères. L’adulte peut être reconnu parmi les autres Miridae par les caractères morphologiques décrits sur le tableau page 68.

N. tenuis s’est révélé être ^ennemi naturel le plus constant et le mieux représenté. Raison pour laquelle nous avons cherché à obtenir un certain nombre de renseignements sur sa bionomie, en procédant tout d’abord à un suivi dans les exploitations où il était présent, ensuite en le renforçant sur la base d’un élevage permanent dans la serre expérimentale de l’IAV Hassan II (Complexe Horticole d’Agadir). En nature, le développement de la punaise suit de près celui des aleurodes. Elle peut disposer en cas d’infestation d’assez de proies, pour exercer une action prédatrice et non phytophage. La femelle dépose son œuf en dessous de l’épiderme duquel éclôt une larve après 10 à 14 jours d’incubation. Après éclosion la larve évolue en cinq stades larvaires dont le dernier donne naissance à l’adulte au bout de 13 à 18 jours de développement. Sa longévité varie de 6 à 14 jours. L’action prédatrice de cette punaise sur les aleurodes est très nette. Une larve de N. tenuis consomme environ 4 larves de B. tabaci par jour alors qu’un adulte en consomme 3 en moyenne.

Nephaspis occulatus Blatchlev (Coléoptère, Coccinellidae)

Parmi les coccinelles prédatrices des Aleurodes, Delphastus pusillus ; elle n’a pas encore été signalée au Maroc, mais elle a fait l’objet d’introduction dans des programmes de lutte intégrée réalisés aux USA et en Europe. Par contre, une autre espèce ayant fait l’objet d’élevage et d’introduction dans des programmes similaires contre Bemisia argentifolii sur cantaloup aux USA, était rencontrée pour la première fois au Maroc. Il s’agit de N.oculatus, une espèce originaire d’Amérique centrale et qui n’a jamais été introduite en Europe. Elle est prédatrice de plusieurs espèces d’Aleurodes et a été utilisée aussi pour la protection des vergers d’agrumes, et des cultures ornementales. Elle a été capturée (quelques individus) sur des plaques jaunes installées sur luzerne dans la région de Temsia, et sur tomate vers la fin du mois
de mai dans la ferme du Complexe Horticole d’Agadir. D. pusillus et N. oculatus se ressemblent beaucoup et ne sont pas identifiables à l’oeil nu, mais elles sont facilement distinctes sous loupe binoculaire par des poils, présents sur le dos chez N. oculatus et absents chez D. pusillus.

Eretmocerus sp (Hyménoptère, Aphelinidae)

Les espèces d’Eretmocerus les plus connues en lutte intégrée sont d’une part E.eremicus et E.californicus originaires de Californie, et d’autre part E.Mundus originaire de la Méditerranée. Les deux espèces existent dans la région de Souss Massa. La première n’aurait fait l’objet d’aucune introduction et serait autochtone, alors qu’E. eremicus, serait introduite, et elle a pu s’adapter avec les conditions locales.

Critère de distinctionNesidicoris. tenuisMacroiophus.caiiginosus Dicyphus sp.
Couleur des adultes Verte VerteGrisâtre à brun foncé
Coloration antennes des adultesClaires annelées de noir Claires avec le premier article noir
-
Coloration des larvesVert-jaunâtreVerteVerte
Coloration antennes des larves Annelées de noirEntièrement clairesClaires avec le premier
article brun rougeâtre

Plantes hôtes de Bemisia tabaci

47 espèces végétales ont été recensées dans la région du Souss Massa comme plantes hôtes de B. tabaci dont 9 plantes maraîchères, 18 plantes spontanées, 18 ornementales, la menthe et la luzerne.
Le tableau suivant expose la liste de toutes les plantes hôtes rencontrées dans la région. Elle témoigne de la diversité des plantes hôtes de B.tabaci, qui facilitent sa multiplication durant toute l’année. Ainsi, malgré la réduction des superficies des cultures maraîchères vers la fin de la campagne (juin et juillet), l’espèce continue à se développer sur d’autres hôtes, nombreux en années pluvieuses. Les plus rencontrées dans les serres et à leurs abords sont Malva palviflora, Solarium nigrum, Sonchus oleraceus et Verbesinia sp. La plantation de cultures maraîchères à côté de la tomate peut s’avérer parfois très dangereuse, car elles peuvent servir de foyer ou de refuge pour B. tabaci. De même les plantes spontanées développées à l’extérieur des serres rendent la lutte insuffisante, elles doivent être contrôlées régulièrement, enlevées ou traitées sévèrement à temps. Sinon, elles constituent une source permanente de ré-infestation et de développement du TYLC

 

liste de toutes les plantes hôtes rencontrées dans la région
liste de toutes les plantes hôtes rencontrées dans la région

CONCLUSION

L’analyse de l’ensemble des données provenant de l’étude de la composition démographique et celles des émergences, révèle que les populations larvaires et imaginales de B.tabaci évoluent en 3 à 5 générations chevauchantes entre octobre et mai. Les observations faites en élevage de masse sur tomate mettent davantage la lumière sur sa bionomie. Elle évolue en 21 à 27 jours, avec une fécondité moyenne de 102 œufs par femelle, et une longévité imaginale maximale de 13 jours; le rapport numérique des sexes étant voisin de 53% en faveur des femelles.

Mouche blanche adulte
Mouche blanche adulte

Du point de vue dynamique des populations, B tabaci se caractérise par une distribution agrégative. En effet, 50 à 100% des œufs sont pondus au niveau des deux premières lignes de bordure qui sont les plus exposées aux invasions externes de cette espèce. Sur le plant, les différents stades se répartissent de haut en bas comme suit; les œufs sur le tiers supérieur (80%), les larves en majorité localisées sur le second tiers (70%) et les pupes en bas (75%)

Etant le vecteur principal da la maladie des feuilles jaunes en cuillère (ou TYLCV), B tabaci peut être à l’origine d’un taux d’infestation qui varie sur tomate entre 4,5% et 49% sous serre et 35 à 77% en plein champ.Toutefois, il semble que le taux initial d’infestation est faible, il ne progresse qu’en mars. Donc il sera difficile de lutter contre ce problème si l’on n’intervient pas contre les réservoirs d’où B. tabaci peut s’étendre et attaquer de nouveaux plants de tomate. Plusieurs espèces végétales ont été identifiées comme plantes hôtes dont 9 maraîchères (aubergine, haricot, courgette…), 18 adventices (Solanum nigrum, Datura stramonium…) et 18 ornementales (tagète, Spathodia ..). L’aubergine, Poinsettia et Convolvulus seraient plus exposés aux attaques de B.tabaci que la tomate.

D’autre part, il semble important de considérer la faune antagoniste associée à B. tabaci comme facteur limitant de ses infestations. Les principaux ennemis rencontrés sont:

– Deux parasitoïdes : E. eremicus rencontrée sur Datura stramonium et sur tomate, et E. mundus rencontrée sur Lantana camara. Ils peuvent parasiter au mois de janvier jusqu’à 60% des pupes de B.tabaci.

– Deux prédateurs -.NephaspisoculatusetNesidiocoris tenuis. La première espèce est peu fréquente sur tomate. La seconde N. tenuis est la plus rencontrée sur tomate comme prédateur et occasionnellement comme phytophage. Elle semble se développer en 4 à 5 générations, sa durée de développement varie entre 23 à 30 jours, l’adulte vit en moyenne 6 à 14 jours. Une femelle pond des œufs à l’intérieur du végétal parmi lesquelles 6 à 9 écloront. La larve de N. tenuis consomme environ 4 larves de B.tabaci alors qu’un adulte en consomme 3. En absence de proies, la punaise cause des dégâts sur la plante qui se traduisent par l’apparition d’anneaux sur la tige et les pétioles, suivis d’un dessèchement de l’apex, des feuilles et des fleurs.

 

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